La Cryptozoologie

Puisque le site y est dédié, voici quelques lignes à propos de cette discipline mal connue qu’est la cryptozoologie.

Si la zoologie est l’étude des animaux, la cryptozoologie [du grec kryptos (caché)] peut-être banalement décrite comme la discipline qui étudie les animaux inconnus, et nous pouvons voir que dans cette définition même le paradoxe s’installe dès lors qu’il s’agit “d’étudier” l’inconnu.

Bernard-HeuvelmansBien que le terme ne soit pas directement de l’invention de Bernard Heuvelmans, on considère aujourd’hui qu’il est le fondateur de cette discipline, qu’il décrit comme “l’étude scientifique des animaux cachés, c.à.d. des formes animales encore inconnues pour lesquelles sont seulement disponibles des preuves testimoniales ou circonstancielles, ou des preuves matérielles considérées comme insuffisantes par d’aucuns.”

La cryptozoologie repose sur deux postulats :

  1. L’homme n’a pas encore exploré toute la planète, et quelques grandes espèces demeurent encore cachées.
  2. Tout animal inconnu de la science peut être connu des indigènes.

Comme relevé plus haut, étudier des animaux que l’on ne connaît pas est un concept étrange, et pourtant, le travail du cryptozoologue s’effectue au niveau de 5 sources d’informations :

  1. La tradition indigène : L’animal d’intérêt peut-être connu par tradition, c’est à dire que son image est imprimée dans un folklore, si tel est le cas, il dispose souvent d’un nom vernaculaire le désignant (pensez au Mokélé-Mbembé, dont on suppose qu’il détient de nombreuses appellations suivant où l’on se trouve dans le bassin congolais).
  2. Les témoignages : Ces sources diffèrent des traditions car l’animal est perçu directement à l’aide des 5 sens : Il a pu être vu, entendu, senti (odeur), voire touché… Il est à noter que l’expérience subjective peut alors modifier la réalité, mais les témoignages demeurent la source principale qu’utilisent les cryptozoologues pour mener leur enquête.
  3. Les empreintes physiques : Récupération d’indices reflétant un impact avec l’environnement, comme des empreintes de pas,  enregistrements visuels sur film ou photo, enregistrements auditifs, etc… Mais ces preuves restent maigres jusqu’à ce qu’elles suffisent à démontrer l’existence de l’animal de manière irréfutable. C’est la source la plus atteinte par les canulars.
  4. Les fragments anatomiques : Tout ce qu’un cryptide peut laisser derrière lui : Poils, plumes, fourrure, dents, fragments osseux, excréments, taches de sang, fragments tissulaires, etc…
  5. Un spécimen complet : Ces cas sont très rares, et si tôt qu’un animal est officiellement découvert, il passe dans le domaine d’étude de la zoologie.

Si des recherches s’inscrivent dans une démarche “anticipative”,  alors l’animal entre dans le domaine de la cryptozoologie, c’est à dire que les millier d’espèces découvertes de manière fortuite chaque année ne sont pas considérées comme des cryptides. 

orycterope

Le fait que la cryptozoologie soit jugée comme une discipline douteuse et bancale n’est pas un secret, et cette opinion trouve sa source dans un grand nombre d’obstacle lié à sa pratique. D’abord, la cryptozoologie n’est pas considérée comme une science , elle se trouve à cheval entre de multiples disciplines, qui elles, sont bien reconnues : la zoologie, la paléontologie, l’anatomie, l’éthologie, la dynamique des populations, l’écologie, la systématique (ou taxonomie) et bien d’autres… Les cryptozoologues rigoureux qui s’y consacrent sont d’ailleurs souvent des scientifiques appartenant à ces branches, qu’il convient de différencier des “chasseurs de monstres”, personnages qui sont néfastes à la crédibilité de la cryptozoologie car leur démarche est loin d’être sérieuse (à nuancer, car certains amateurs fournissent un travail remarquable, lorsqu’ils ne sont pas versés dans le fantasme.)

Les sujets d’études de la crypto ne sont pas non plus pour lui faciliter la tâche, pour cause, les plus gros dossiers (Loch Ness, Yéti, Big Foot, Almasty…) n’ont pas encore abouti sur l’authenticité de telles créatures, ce sont souvent des êtres plus anodins qui sont découverts, mais leurs cas sont écrasés par les figures qui passionnent les esprits. D’un autre côté, nous nous concentrons beaucoup sur les sources de type témoignage et tradition, qui de par leur subjectivité, n’entrent pas dans les lignes structurées de la science. Il est vrai que la pensée mythique est à prendre en compte, sans oublier qu’elle prend parfois racine dans un substrat de réalité…

Retenez donc que le domaine est encore instable, mais il n’appartient qu’aux chercheurs de s’ouvrir à d’autres perspectives, le plus dur restant d’accepter le premier postulat qui dit que tout reste à découvrir, à l’heure où nos satellites balaient l’espace, on pourrait être sceptique. Mais comme le rappelle très justement Philippe Coudray dans son traité de cryptozoologie : “Débusquer un animal craintif et exclusivement nocturne à 5000 m d’altitude est un exploit plus important que d’envoyer une sonde sur Titan…”