Le Mythe indigène II

Quand un cryptozoologue à l’occasion de s’arracher les cheveux, c’est soit qu’il se trouve en face d’un détracteur particulièrement sceptique, soit qu’il est en train d’écrémer les appellations indigènes sur tel ou tel cryptide : le grand nombre de « pseudonyme » provoque une confusion un poil irritante. Mais comme les difficultés peuvent présenter des visages très différents, parfois c’est le phénomène opposé qui se produit lors de la résolution d’une affaire, des animaux hétéroclites porteront le même pseudonyme. Un exemple ? En Ouganda, lorsqu’une hyène, un léopard ou un gorille fait montre d’un comportement inhabituel et féroce, on l’appelera l’Engagyi sans distinction.

Cette situation peut s’expliquer facilement.

Premièrement, il faut savoir que parmi de nombreuses populations –notamment africaines – le mythe de l’homme-animal est très répandu ; Ainsi, on trouvera logique que lorsqu’un animal commet un acte particulièrement atroce, on attribuera cette cruauté à l’humain qui se cache derrière sa fausse apparence, autrement dit, un animal ordinaire ne commet pas de crimes. Cette croyance est sûrement à l’origine de la désignation par un terme générique d’espèces totalement différentes : pour faire simple, que l’homme se soit changé en singe ou en félin, on l’appellera le « sorcier ».

Deuxièmement, outre le fait même de croire en ces métamorphoses, dans un cas plus général tout animal inhabituel « est rangé d’emblée par les « primitifs » dans une classe particulière, et nommé en conséquences. » Chaque peuple a ses démons, et ces démons ou diables possèdent des noms bien attribués.

Si on agrandit l’échelle à plusieurs tribus, on retombe sur nos pattes ! Le peuple Nandi désigne les animaux étranges par Chemosit, et les Massaï, par En-e-‘naunir. De cette façon on peut obtenir différentes appellations pour une espèce éventuellement unique.

Bien sûr, il ne faudra pas tomber dans le piège de juger les traditions comme absurdes et primitives ; Rappelons que de notre côté, nous procédons de la même façon en désignant les monstres par « vampire » ou « démon ». Un cas éloquent : La Bête du Gévaudan. Dans les consciences de l’époque, il s’agissait d’une créature diabolique mais inconnue : paf ! L’étiquette générique est sortie : la bêêêêêête !!!

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