Mais d’où vient la licorne ?

                     En mars dernier, j’ai entendu dire par certaines personnes qu’on avait retrouvé un authentique crâne de licorne. Vous imaginerez sans peine ma précipitation sur les réseaux pour retrouver cette information, pour tenter de distinguer le faux du vrai, ou même l’inverse.

Finalement, l’affirmation n’est pas vraiment erronée : une équipe de paléontologue a bien déterré des restes d’un animal que l’on appelle la licorne de Sibérie. Mais détrompez-vous, il ne s’agit pas du célèbre cheval unicorne, mais d’une espèce de rhinocéros préhistorique – Elasmotherium sibiricum – qui était présente sur Terre il y a déjà plus de 2,5 millions d’années. L’engin est plutôt balèze : 4 tonnes, environ 5 mètres de long et une immense corne (unique !) qui pouvait atteindre 1 mètre 50. La grande nouveauté du papier qui est sorti en 2016 est la datation au Carbonne 14, qui montrerait que ce rhinocéros était encore présent il y a 26 000 ans, dans l’actuel Kazakhstan, dans la région du Pavlodar. Cette bête aurait donc côtoyé l’homme ? Et ce dernier aurait-il été la cause finale de son extinction ?

rhino
Elasmotherium, vue d’artiste.

On ne peut pas encore y répondre, mais on se souviendra avoir vu les médias s’emparer du sujet pour évoquer notre licorne favorite : d’après certains titres, le mythe de la licorne est mort car nous avons prouvé qu’il s’agissait d’un animal bien réel – le raisonnement est très intéressant d’un point de vue cryptozoologique. Le problème, c’est que ce rhinocéros est connu depuis le 19ème siècle, alors qu’on retrouvait ses ossements en Sibérie, et il ne constitue donc pas un nouveau candidat sorti de nul part. Ensuite, entre 26 000 ans et le Moyen-Âge, la lacune historique à combler est énorme, si bien qu’on ne saura probablement jamais si c’est réellement cette espèce précise qui aura influencé le mythe.

Mais comme nous n’allons pas nous quitter sur une note défaitiste, voilà pour vous, cher lecteur, les hypothèses qui ont été émises pour expliquer l’origine de la figure de la licorne. Vous-êtes vous d’ailleurs demandé si la licorne était un cryptide ? Á mon humble avis – il vaut ce qu’il vaut !-, elle n’en est pas un. Le consensus actuel s’est accordé sur la nature symbolique de l’animal, et plus encore sur sa nature composite (elle est fabriquée à partir de traits empruntés à plusieurs animaux connus, à la manière des dragons).

Celui qui fera naître la légende, d’après notre théorie, c’est le rhinocéros unicorne de l’Inde ! L’historien Ctésias rapporte l’existence d’une créature qu’il appellera monokeros en 398 avant J-C. D’après des récits de voyageurs, il en dresse le portrait suivant :

« Il existe en Inde certains ânes sauvages qui sont aussi grands que des chevaux, et même plus grands. Leur corps est blanc, leur tête rouge foncé, et leurs yeux bleu foncé. Ils ont une corne sur le front, qui a environ un pied et demi [45 cm] de long. La poudre extraite de cette corne est administrée dans une potion qui protège contre les poisons. »

Michel de Raynal attribue cette description à la confusion entre le rhinocéros et un âne sauvage (l’onagre). Quelques siècles avant notre ère, certaines des grandes têtes romaines feront-elles aussi allusion à cet animal, mais la licorne va se frayer un chemin particulier au travers de la Bible : les textes faisaient mention d’un mammifère nommé re’em, que l’on traduisit plus tard en grec par monokeros, pensant qu’il s’agissait bien du même animal. Monokeros donna encore plus tard unicornus en latin, puis licorne en français. Et comme ce nom figurait dans la Bible, nul doute que la licorne était bien réelle ; On découvrit plus tard que re’em désignait en réalité l’auroch. Mais le voyage de la licorne ne s’arrêtera pas là, les auteurs y faisant allusion par la suite ajoutèrent à son portrait d’innombrables fioritures, telles que les torsades, et petit à petit fut adoptée l’image du cheval à corne, qui s’ancra dans le folklore. La pharmacopée médiévale, nous raconte Michel Raynal, distinguera bien la fausse corne de licorne (dent de narval) de la vraie (corne de rhinocéros).

Un dernier détail vient s’ajouter au dossier, celui des malformations dues au développement des organismes : les monstres étudiés par la tératologie. Une anomalie rarissime se distingue par l’apparition d’une corne unique chez des organismes n’en possédant pas normalement, au niveau du front (ça peut survenir chez l’être humain !). Il aurait suffit de quelques apparitions de bétails présentant cette originalité, et le tour est joué !

Bien entendu, quand on retrace l’histoire d’un mythe, rien n’est inscrit dans le marbre. Si vous tenez à vous renseigner d’avantage sur la licorne, je vous recommande vivement de vous rendre sur la page de l’institut virtuel de cryptozoologie.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *