Mokélé-Mbembé

Le Dernier Dragon d’Afrique 

Le Capitaine Leicester Stevens, secondé par son chien-loup. Image tirée des Derniers Dragons d'Afrique de Bernard Heuvelmans, édition Plon, 1978.
Le Capitaine Leicester Stevens, secondé par son chien-loup. Image tirée des Derniers Dragons d’Afrique de Bernard Heuvelmans, édition Plon, 1978.

 Plongeons nous, cher lecteur, dans les années 1920… Vous faites partie de la noble classe des aventuriers intrépides, quel style ! Vous sillonnez le monde sauvage – et quelque peu colonial – à la recherche de trophées à exposer dans votre grand salon. Votre choix se porte sur le lion d’Afrique, le tigre d’Asie ? Peuh ! Cher ami, ce que vous êtes ringard… En 1919, il est de meilleur goût d’annoncer que l’on part à la chasse au dinosaure ! C’est ainsi que le 23 décembre 1919, à 11 h 30 du matin précisément, le capitaine Leicester B. Stevens prend le train pour se rendre en Afrique centrale, dans le but d’aller descendre du brontosaure à coup de carabine… Au regard de la photo ci-contre, l’homme n’avait pas l’air si fou. Et pourtant, vouloir pourfendre du dinosaure en plein XXème siècle est une belle idée d’aliéné, mais ne l’accusons pas trop vite et replaçons-nous dans le contexte, car si vous trouvez cet individu siphonné, que dire alors de la plus grande organisation scientifique des Etats-Unis (Smithonian Institution) qui propose la somme de 5 millions de dollars à qui ramènerait un spécimen de la dite créature ? Pourquoi la silhouette d’un grand sauropode s’inscrit-elle dans les consciences et les articles de journaux ? Partons le découvrir… 

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La légende

Les témoignages mentionnant un animal monstrueux en Afrique sont infiniment nombreux, mais nous pouvons aujourd’hui, entre autre grâce à l’admirable travail de synthèse de Michel Ballot, cryptozoologue, avoir un bel aperçu de l’historique du Mokélé-Mbembé. 

Le premier témoin à ramener une histoire de ce genre en Europe est l’abbé Liévin Bonaventure Proyart : Au XVIIIème siècle, lors d’explorations au Congo et futur Gabon, lui et son groupe de missionnaire trouvent d’incroyables empreintes de « trois pieds de circonférences » séparées chacune de quelques 2.5 m, présentant des griffes. Un des missionnaires prétend même avoir aperçu l’animal en plein repas dans une rivière. Il va de soi que ce témoignage est très imprécis, mais il ouvrira la voie à une succession de récits parlant d’un monstre dans les jungles d’Afrique centrale… Ce “dragon” acquerra une notoriété certaine au XXème siècle, comme en témoigne les titres de journaux suivants :

« Existe t-il encore des brontosaures dans les marais africains ? » New York Times, 1910.

« Une énorme bête, moitié dragon, moitié éléphant, vivrait en Rhodésie » Washington Post, 1910. 

C’est le capitaine Freiherr von Stein Lausnitz, envoyé en 1913 au Cameroun, qui mettra le feu aux poudres et marquera le début d’une chasse effrénée ! Il prit connaissance, à la suite de sa cohabitation avec les indigènes, d’une « chose très mystérieuse » inscrite dans les discours locaux. C’est ici qu’est mentionné pour la première fois le nom vernaculaire « Mokélé-Mbembé ». D’après ce que le capitaine tira des indigènes, il s’agirait d’un animal de couleur gris-brun, d’une taille équivalente à celle de l’éléphant, muni d’un long cou, d’une longue queue ainsi que d’une corne. « Mokélé-Mbembé » est bien un nom historiquement transmis par les populations pour parler d’un animal propre à la faune du milieu. Le capitaine n’a fait que retranscrire le nom qui lui avait été donné.

Témoignages

Les témoignages historiques relatifs au Mokélé qui suivront celui de Von Lausnitz s’enchaînent :

    • Robert Lehuard/Congo, fleuve Sangha/1924-1933/Premier témoignage direct d’un européen avec l’animal : Robert Lehuard assiste au combat entre un crocodile et un animal à l’aspect de sauropode à longue queue et long cou auquel il accorde une dizaine de mètres de long.
    • Au début des années 1980 auront lieu deux expéditions majeures menées par les rivaux américains : Mackal et les époux Regusters. Mackal explora de son côté la rivière Likouala et récolta beaucoup de témoignages ainsi que la description du fruit dont se nourirait l’animal. Durant le voyage, sa pirogue a été secouée par un animal aquatique que ni lui ni son équipe n’a vu : il n’y avait alors pas d’hippopotames dans la région, et le sillage ne correspondait pas à celui d’un éléphant. Pour ce qui est des Regusters, l’expédition parue bien plus rocambolesque puisque les deux explorateurs affirmèrent avoir vu le Mokélé et que ce dernier serait effectivement, selon eux, un dinosaure.  “Le dinosaure a sorti la tête de l’eau, s’est promené sur 300 m et a plongé de nouveau. L’expédition a revu la bête les 1er et 2 novembre. Deux jours plus tard on entendit des cris au bout du lac. […]” – Il s’agit ici du lac Télé. En dépit des moyens déployés, les expéditions américaines ne furent pas concluantes mais eurent pour effet une médiatisation du Mokélé sans précédent.

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    • Marcellin Agnagna/Lac Télé/1983 : Lors d’une expédition congolaise organisée par le Ministère des Eaux et Forêts, le biologiste Marcel Agnagna affirme avoir aperçu un animal de 5m de long. Sa petite tête était montée sur un cou et pourvue de deux yeux ovales, le reste du corps dissimulé dans l’eau. Malgré sa sincérité apparente, l’observation fut critiquée à cause d’un soucis technique concernant le film qui était censé raporter cette rencontre et qui, finalement, ne faisait figurer aucun monstre.
    • Equipe japonaise/Lac Télé/1992 : Une équipe japonaise tourne un film en passant au-dessus du lac Télé, mais la séquence est bien trop courte pour identifier l’animal que l’on y voit, et qui pourrait très bien être un éléphant.
    • Max Sabatier/Zone sud-Est Cameroun, Centrafrique, Congo/Juin 1992 : Le guide de chasse Max Sabatier trouva une empreinte de 70 cm de long présentant trois extrémités pointues inconnue des pisteurs. Selon le même homme, un missionaire aurait débusqué dans la région un grand os qui n’était pas d’éléphant et d’un âge inférieur à 100 ans (datage Carbone 14), aujourd’hui, nulle trace d’un tel vestige n’a pu être retrouvée.

Le Lac Télé

    Il est impossible de dissocier le Mokélé-Mbembé du lac Télé, que l’on a longtemps attribué comme son lieu de prédilection. Aujourd’hui, nombre de nouveaux témoignages avancent que le Mokélé est difficile à trouver dans le lac – d’ailleurs l’accès ne peut se faire encore qu’à pieds, et il ne s’agit pas d’une promenade de santé ! – et qu’il (le lac) ne constitue qu’un lieu de passage, en revanche, on observerait plus facilement la bête dans les rivières, fleuves et lacs alentour. L’origine du lac Télé provient d’une dépression remplie par le débordement des fleuves Likouala-aux-herbes et Sangha qui survient lors de la saison des pluies. Le tour du lac fait 18 km, avec une superficie d’environs 23 km² et une profondeur maximale de 4m. Dans la moitié nord du lac, les mesures magnétiques révèlent une anomalie provoquée par un corps aimanté situé sous le lac. Il pourrait sagir d’une météorite…

 

Éléments de zoologie

Si les témoignages d’occidentaux intrépides peuvent se révéler intéressant (dans la mesure où ces esprits ne sont pas influencés par leur imagination mise à mal par le pays ou l’appât de la gloire), il va sans dire que ce sont les propos des autochtones qui font autorité et qui permettent de dresser un “portrait” plus ou moins fiable de l’animal, après tout, ils vivent bien sur le terrain ! Alors aujourd’hui, que sait-on du Mokélé ? Afin de bien y répondre, voici une synthèse des traits anatomiques effectuée sur la base d’observations (d’après les travaux de Michel Ballot) :

  1. Masse corporelle : égale ou supérieure à celle de l’éléphant.
  2. Longueur : 5 à 10 m.
  3. Peau  : Souvent décrite lisse, sombre, virant du gris au brun.
  4. Yeux : Positionnés assez haut sur le crâne.
  5. Allure : L’allure présumée du Mokélé est sans doute l’aspect le plus fantasmagorique du dossier, car il ressemblerait aux dinosaures sauropodes éteints il y a des millions d’années ! Lorsqu’on montre une image de diplodocus aux pygmées, ils le désignent presque systématiquement comme étant le Mokélé, et s’étonnent qu’un occidental détienne une telle image.
  6. Les piques : Sur une bonne moitié des témoignages, la créature serait pourvue de protubérances dorsales s’étendant de l’arrière du crâne jusqu’à l’extrémité de la queue. Il pourrait s’agir d’une spécialisation défensive à l’encontre d’intrus sur son territoire.
  7. La corne : A nouveau, ce trait anatomique ne se retrouve que dans une moitié des témoignages, le mokélé étant parfois décrit sans corne mais avec piques, sans piques mais avec corne, ou bien le cumulatif des deux. S’agirait-il de caractères propres au dimorphisme sexuel suggérant une disparité de morphologie chez les deux sexes ? Nous pouvons l’imaginer.
  8. La queue et le long cou : Les pygmées évoquent souvent une “trompe” pour parler du cou, et la queue serait longue et puissante. Ces traits qui lui prêtent une allure de dinosaure herbivore restent en adéquation avec des moeurs amphibien et une vie essentiellement aquatique.
  9. Régime : Le Mokélé serait essentiellement herbivore, et le dos couvert d’herbes serait un indice de sa navigation dans les bras des fleuves et du fait qu’il fouillerait le sol à la recherche d’algues dont il se nourrit, au même titre que les plantes qui longent la berge et plus occasionnellement des petits poissons.
  10. Reproduction : Un très grand mystère plane autour de cette question, car elle dépend surtout de la nature de l’animal : est-ce un mammifère ou un reptile ? Si l’on se concentre sur les moeurs migratoires de celui-ci, la viviparité semble plus adaptée… et par extension, la thèse du mammifère.

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Le Biotope : L’habitat des Mokélé est constitué de rivières et fleuves assez larges et dont les eaux profondes sont chargées d’alluvions et de matière organique en suspension. L’écosystème forestier largement inexploré parcouru de réseaux fluviaux serait effectivement propice à une espèce amphibie de grande taille dont on ne retrouverait pas les ossements – tous les restes organiques finissent au fond des eaux boueuses. On a retrouvé aux bords des fleuves certaines cavités de grande tailles creusées dans le sol qui sont parfois attribuées au Mokélé, mais il n’y a dans cet élément rien de vérifiable pour le moment. Il est à noter que dans ce genre de jungle épaisse, il est aisé de passer de passer à côté d’un éléphant sans l’apercevoir, alors que celui-ci n’est qu’à quelques mètres de vous…

 

Territoire à défendre

Le caractère territorial du Mokélé est tout aussi légendaire que l’animal lui-même. Chez certains groupes pygmées, parler de lui porte malheur, le rencontrer se résume en pirogue coulée et, dans une moindre mesure, équipage tué. Le Mokélé serait assez agressif envers les autres animaux qui empièteraient sur son espace de vie : sa victime par excellence : l’éléphant ! Le pachyderme serait souvent battu par le “dragon”, qui brise ses défenses facilement et l’entraîne au fond des eaux. Un fait amusant qui passe pour un élément du folklore est que le Mokélé-Mbembé entasserait les défenses d’éléphants qu’il récolte. Mais cette anecdote se retrouve aussi bien au Congo qu’au Cameroun, dans des régions géographiquement très éloignées ! Par ailleurs, les gros animaux se font rares dans les zones attribuées au Mokélé, comme le disait Mackal : “Là où il y a le Mokélé-Mbembé, il n’y a pas d’hippopotames. ” ce qui indiquerait qu’ils partageraient une niche écologique similaire.

Deux espèces ?

Certains pensent, à l’instar de l’explorateur Bill Gibbons qui inspecta le lac Télé en 1985, que l’on ferait mieux de distinguer deux espèces de Mokélé – encore faut-il écarter les innombrables noms vernaculaires donnés à d’autre animaux inconnus pour simplifier l’énigme. Celle du Congo aurait la taille d’un hippopotame et un aspect reptilien, dépourvue de piques tandis que celle du Cameroun serait plus imposante et possèderait des excroissance dermiques. Ces différences majeures sont à considérer, d’après Michel Ballot, non pas comme la preuve d’espèces distinctes mais de différenciation de type jeune/adulte ou mâle/femelle.

 

Quel animal est le mokélé-mbembé ?

A présent que nous avons sommairement résumé les témoignages, appuyons-nous sur un autre genre d’éléments de réponse. Concernant le dinosaure africain, les preuves tangibles récupérées sur le terrain sont très peu nombreuses et d’une aide assez relative. Avant 2013, nous ne disposions que d’une unique photographie d’empreinte attribuée au Mokélé dont l’authenticité n’a même jamais été prouvée :

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Photo prise par Yvan Ridel. Congo-Brazzaville, 1966.

L’empreinte présente trois doigts massifs et l’enfoncement dans le sol témoigne que le poids du corps est porté par le doigt central – bien sûr, cela est à prendre en compte seulement si cette empreinte n’est pas celle d’un hippopotame, ce qui reste probable si l’on imagine que sous l’affaissement du sol les deux doigts centraux de l’animal se soient fusionné pour créer cette chimère. Si ce n’est pas un hippopotame qui a marché là, l’aspect de la trace, corroboré aux témoignages de pistes observées (grosses traces avec trois doigts) pourrait-être celle d’un Mokélé : cela fait beaucoup de “si”.  Selon cette potentielle preuve visuelle, l’animal que l’on cherche serait un périssodactyle : “un ordre de mammifères ongulés possédant un nombre impair de doigts aux membres postérieurs et dont le poids du corps est supporté par le doigt médian.” Cet ordre comprend les Equidés, les Tapiridés et les Rhinocérotidés.

En 2013, Michel Ballot et son équipe photographient une série d’empreinte – que je me permet de qualifier de plus “convaincante” que la précédente – sur l’île aux abeilles, sur le fleuve Dja, et qui font s’interroger les scientifiques sur leur nature. Les pisteurs pygmées ne sont pas non plus parvenu à les identifier.

De par l’écroulement du sable, il est difficile de précisément dénombrer les doigts, qui pourraient être plus que trois, et le poids du corps ne semblent pas être réparti de la même manière. En n’écartant pas la possibilité qu’il s’agisse là d’un animal connu, ces empreintes suggèrent aux yeux de certains un varan de grosse taille.

Juillet 2015, traces sur l'île aux abeilles, fleuve Dja.
Juillet 2015, traces sur l’île aux abeilles, fleuve Dja.

Parmi tous les candidats possibles, nous pouvons d’abord parler des animaux déjà recensés, autrement dit, est-ce que le Mokélé pourrait appartenir à une espèce connue ?

Est-ce un éléphant ?

C’est la solution qui séduit tous les sceptiques, la trompe rappelant le long cou, pourquoi chercher plus loin ? Cette thèse a des points faibles, à commencer par la remise en doute de la connaissance faunistique des pygmées, qui savent reconnaître un éléphant ou son sillage lorsqu’ils le voient. Comme le rappelle Gibbons, cette hypothèse “est une insulte aux divers groupes tribaux habitant dans les marais de la région de la Likouala au nord du Congo qui sont parfaitement familiers avec les moeurs des éléphants, des hippopotames et de celui appelé Mokélé-Mbembé“. D’autres points encore, le Mokélé serait solitaire et son mode de vie essentiellement aquatique, or les éléphants ont pour habitude de se déplacer en groupe et sur la terre ferme.

Est-ce un hippopotame ?

Cette fois-ci, les moeurs correspondent. Ils occupent la même niche écologique et ont le même mode de vie : ce qui implique d’ailleurs que leurs territoires soient distincts, car écologiquement parlant, ils ne peuvent cohabiter, et leur taille est approximativement similaire. En revanche, l’apparence du Mokélé (longue queue, long cou), s’il elle s’accordait plus ou moins à la trompe de l’éléphant, est totalement incompatible avec la silhouette d’un hippopotame.

Est-ce un varan géant ?

Dans ces régions d’Afrique subsistent quelques espèces de varans, en admettant que l’une d’elles soit plus grande, comment expliquer le régime herbivore que l’on accorde au Mokélé alors que les varans sont des prédateurs carnivores ?

Est-ce un lamantin ?

Celui-ci a pratiquement disparu des rivières africaines, et si ces moeurs correspondent, ses membres et sa silhouette ne correspondent pas à la description du dragon de Centrafrique.

Est-ce un serpent géant ?

Pour des raisons évidentes de morphologie, le serpent est l’un des candidats les plus sérieux au titre de Mokélé : de nombreux témoignages font état de serpents démesurés encore inconnus pouvant même se battre avec des éléphants. Le soucis se résume dans la corpulence d’un serpent : nulle comparaison possible avec celle d’un gros mammifère. De plus, si l’on admet l’authenticité des empreintes et témoignages relatifs aux pistes, et bien… un serpent ne laisse pas de traces de pieds.

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Est-ce un tapir ? Un rhinocéros ?

En retrouvant l’hypothèse de l’animal périssodactyle, cela nous donne trois possibilités :  Equidés,  Tapiridés et Rhinocérotidés. Les Equidés peuvent être naturellement écartés de notre dossier (silhouette et sabot à un  doigt), restent les tapirs et les rhinocéros. La théorie du tapir est bancale : Ils vivent bien dans les forêts pluviales, ont un régime végétarien et ne sortent qu’à la tombée de la nuit, mais ils ne vivent qu’en Amérique du Sud et sont loin d’être amphibies… restent les rhinocérotidés. Même si ceux de Java et de Sumatra occupent des zones marécageuses, on ne connaît pas de rhinocéros actuels avec un tel penchant aquatique. Les rhinocéros n’ont pas non plus un long cou et une longue queue.

Le Dinosaure

Alors quand les espèces actuelles ne satisfont pas les cryptozoologues, ils vont chercher du côté des espèces représentées à l’état fossile, et ce, même si, comme le rappelle Florent Barrère : “Une espèce actuelle a pu dériver génétiquement à partir d’un ancêtre fossile connu au point que la parenté n’est plus que difficilement déchiffrable.” Suivons la piste du rhinocéros, puisque le principal obstacle constitue l’absence d’habitudes aquatiques chez l’espèce. Florent Barrère expose le fait suivant pour nous éclairer :

“Les seules formes fossiles de Rhinocérotidés à avoir été trouvé en Afrique de l’Est sont les Calichothères.  […] Tous ces mammifères étaient de paisibles herbivores qui ont vécu jusqu’à l’apparition des premiers hommes en Afrique de l’Est. Dans ce genre Calichothérium, le Telocephalonyx skinerri semble le plus intéressant, car il s’est resserré sur un mode de vie amphibie adapté aux forêts chaudes et humides alors très abondantes en Afrique.”

Bien entendu, si les proportions, le cou plus ou moins allongé et la bosse du Telocephalonyx concordent avec la description du Mokélé, nous ne pouvons en rien démontrer que l’animal résulterait d’une évolution adaptative au milieu aquatique à partir de représentants d’espèces de Rhinocérotidés fossiles. Seulement l’imaginer, les lacunes fossiles restant très importantes.

Pour ce qui est du registre fossile, l’idée qui saute aux yeux et qui fait rêver tous ceux qui se penchent sur le dossier du Mokélé est l’incroyable ressemblance avec un dinosaure sauropode. Bien que l’environnement soit resté stable – il est évident que le climat se soit modifié suite à des modifications géographiques – sur de grandes périodes géologiques (depuis 200 millions d’années), la perspective qu’une espèce de dinosaure herbivore ait survécu et se soit adaptée à une vie aquatique ferait vomir plus d’un paléontologue.  La très haute improbabilité d’un tel cas, surtout alimenté par le fantasme de nos consciences, me parait impossible à envisager. L’espoir de certains, mis à mal par l’absence de dinosaures fossiles retrouvés après la crise Crétacé-Tertiaire, réside dans la théorie de compétition entre les espèces : Le Mokélé résulterait-il d’une population animale ayant su faire face à la modification graduelle de l’environnement suite au cataclysme ? Rien à ce jour ne peut le prouver. Pour les grands rêveurs, sachez qu’une espèce de sauropode (Jobaria) a été retrouvée au Niger en 1999 et que son profil, à l’instar de beaucoup d’autres sauropodes, colle parfaitement avec celui du Mokélé.

 Le mot de la fin

Finalement, le point fort du Mokélé est que l’on dispose de la même description – à faible variance – dans des régions de 5 pays différents où le reculement est tel qu’aucune forme de communication entre les villages n’est permise ! De plus, ces espaces figurent parmi les dernières jungles inexplorées et les plus méconnues au monde : pour cause, la plupart de la superficie est un désert humain quasi-inaccessible. Paradoxalement, le point faible du Mokélé réside, une fois encore et comme chez la plupart des cryptides célèbres, dans sa taille : comment un animal aussi imposant a t-il pu passer inaperçu pendant aussi longtemps ? Encore un obstacle : Les croyances concernant des animaux inconnus sont légions dans ces zones d’Afrique, si bien que l’on se perd à relier les descriptions entres elles et à isoler un cryptide dans les témoignages. Le tri de ces derniers est sans doute le travail le plus ardu a effectuer sur le terrain.

L’existence d’un animal de grande taille encore inconnu est tout à fait acceptable. Un rhinocéros ? Une grosse loutre ? Un varan ? Le Mokélé échappe à toutes les règles de systématiques, la théorie étant malmenée, seule une observation directe permettra de lever le voile, ou peut-être, dans quelques années, des analyses ADN effectuées au niveau des eaux. En attendant, le dinosaure africain continue de noyer ses victimes dans l’incertitude…

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5 thoughts on “Mokélé-Mbembé

  1. Bonjour à tous ,

    Merci pour cet article bien documenté et qui laisse une porte ouverte au « possible » …
    Avec toutefois une interrogation sur les moyens mis en oeuvre pour photographier l’animal dans son biotope aquatique .
    Depuis quelques années existent des pièges photos étanches, performants, pouvant rester en veille une année complète,
    à installer sur des bouées flottantes géo-localisées , et à proximité
    de « landolphia » dont est supposé se nourrir le Mokélé…
    La zone exclusive (à mon sens) à cibler étant la cuvette inondée de
    la Likouala – lac Télé , vaste région de forêts marécageuses permanentes , sanctuaire idéal pour la survie d’un tel cryptide….
    Nous avons évoqué cette option avec Michel BALLOT , mais ce projet
    spécifique à la Likouala nécessite des moyens et une préparation
    importante…
    L’objet ici étant de fédérer des idées , de l’intérêt et plus si possible…

    Bien cordialement

    Michel Marchal

  2. A ne pas exclure l’hypothèse d’une tortue à carapace molle “Trionyx triunguis” (qui peuvent être trouvée au Cameroun et en République du Congo) avec son long cou, sa petite tête reptilienne, son dos arrondi, et ses pattes armées de griffes.

    1. Merci pour cette remarque Yuhio, effectivement quelques témoignages peuvent peut-être s’expliquer par l’observation de cette tortue, bien que sa taille soit bien plus petite que celle que l’on prête à l’animal en question.
      Tortue molle du Nil

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