Monstre du Loch Ness

Croquis                Si vous montrez ce croquis à n’importe qui, il y a de grande chance que ça lui évoque l’un des monstre le plus célèbre au monde : celui du Loch Ness ! Il est certain que sa réputation n’est plus à faire, et comme le prouve les anneaux du serpents de mer, l’image que nous en avons est souvent, nous le verrons, loin de la réalité qui émane des témoignages.

CouvLochNessA l’instar de beaucoup d’affaires cryptozoologiques, la légende du Loch Ness ne sort pas de nul part, mais pour qu’elle soit autant connue, il lui a fallu une explosion médiatique digne de ce nom. Une nouvelle route bordant le Loch, un couple d’observateur, un dos de baleine et une bonne dose d’écume bouillonnant : tels sont les éléments qui ont allumé la mèche qui brûle encore aujourd’hui.

Le dossier du Loch Ness, s’il est absolument fascinant, n’en est pas moins un casse-tête qui a paru insoluble aux investigateurs de l’époque. La science actuelle, notamment en matière d’écologie, nous a permis de toucher du doigt la vérité concernant le loch. Mais rien n’est finalement certain, peut-être que l’excitation que la brume et les eaux écossaises provoquent au plus profond de notre inconscient, formatant la chimère au long cou qui reste insaisissable à nos yeux, devrait nous contenter. Pour les irréductibles rationnels, voici une rétrospective non exhaustive de l’histoire de la bête, et des investigations qui l’entourent.

Bienvenue, cher cryptidophile, au cœur de la légende.

Histoire du Monstre, frise chronologique

               Pour celui qui s’est penché sur son histoire, il ne fait aucun doute que le monstre du Loch Ness n’a pas volé sa réputation. En réalité, il y a tant de choses à dire sur ses manifestations que ce dossier prendra la forme d’une frise chronologique, afin de ne pas trop s’y perdre. Sans plus attendre, cryptidophiles, plongeons-nous dans le passé des landes écossaises…

51frp4FNXvL._SX320_BO1,204,203,200_Note au lecteur : En même temps que la rédaction de ce dossier se poursuit, un ouvrage vient de sortir à ce sujet. A Monstrous Commotion: The Mysteries of Loch Ness, écrit par Gareth Williams développe l’idée que le monstre ne soit que le fruit d’une campagne de publicité afin de faire fructifier le tourisme dans cette région. Si les faits du livre doivent éclairer, voire justifier, ceux que je vais énoncer ci-dessous, il ne les rend pas inexistants. En attendant de l’avoir lu et d’ajouter des éléments, voici la rétrospective de l’histoire du monstre.

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VIIème siècle

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Représentation moderne de Saint Colomba d’Iona.

 

La toute première mention que nous ayons de la bête nous vient de la biographie du moine irlandais Saint Colomba rédigée au VIIème siècle, soit un siècle après sa propre mort. D’après la situation à l’allure de script horrifique, le moine se trouvait sur les rives de la rivière Ness en l’an 565 lorsqu’il demanda à son compagnon d’aller chercher (à la nage) une barque se trouvant de l’autre côté. Une fois le malheureux à l’eau, un monstre surgit et se rua sur lui, « la gueule ouverte et poussant un grand rugissement ». Les saints de l’époque avaient une certaine étoffe, il faut le reconnaître : Saint Colomba hurla à la bête de se retirer et celle-ci, croyez-le ou non, se retira aussitôt l’ordre prononcé. Ce récit est le seul qui relate une attaque et l’un des rares où le cri du monstre est mentionné. Mais comme c’est le plus ancien, on ne pouvait pas passer à côté.

De 1860 à 1895

             Faisons un immense saut dans le temps, puisque les archives nous y obligent. Beaucoup de gens ont tendance à limiter Nessie aux années 1930, mais c’est uniquement parce que la figure de Nessie, à l’aide de la presse, a supplanté les légendes locales à propos du Loch. Dès 1860 Campbell of Islay dit dans ses ouvrages sur les mythes locaux que des chevaux aquatiques hantent la région depuis des siècles et que les anciens se voyaient interdire d’aller jouer sur les berges lorsqu’ils étaient enfants, à cause d’un énorme animal que beaucoup auraient vu. Au sein du monastère de Saint Augustus, on sait aussi que le monstre n’a rien de surprenant puisqu’il est connu depuis des temps lointains, un des religieux confiera même plus tard qu’il pense que c’est un amphibien qui est à l’origine de toute cette agitation.

Le plus vieux témoin identifié est Jimmy Hossack qui prétend avoir vu la bête en 1862, auquel succède un certain Mackenzie qui croit voir une chose étrange en 1871 : Ce qu’il avait pris initialement pour un tronc d’arbre s’anime et s’éloigne à vive allure en faisant bouillonner l’eau tout autour. Souvenez-vous de ce témoignage, car c’est aussi la première mention de la forme de type canot renversé (la bosse est décrite comme la coque d’une embarcation à l’envers), une version récurrente. Entre 1870 et 1890, les témoignages commencent à affluer, sans doute les gens ont encore peur d’en parler, mais les courageux se sont lancés. Il est très troublant de constater qu’à peine les premiers témoignages analysés, ceux-ci diffèrent déjà lorsqu’il s’agit de se mettre d’accord sur la nature de l’animal :

En 1889, le maçon Alexander MacDonald est tout excité chaque fois qu’il voit « la salamandre ». La même année, un équipage et son capitaine font état d’un animal inhabituel avec des pattes et une fourrure. Un autre encore, rapporte qu’il a vu « la plus grosse anguille qu’il eut jamais rencontrée », ayant « une encolure de cheval, avec ce qui ressemblait à une crinière ». Plus tard, on mentionnera « un formidable serpent », ou encore une « horrible grosse bête ».

Les années 1900

De 1900 à 1932

Début du siècle. Les témoignages se multiplient. Vers 1903, John MacLeod pêche avec un ami à l’embouchure de la rivière Moriston. Il remarquera un animal immobile à la surface de l’eau, d’environ 10 m de long avec une tête plate et une queue pointue. En décembre de la même année, trois hommes témoignent : ils tentèrent de rejoindre à force de rame un animal de 5 m qui avait la forme d’un canaux renversé ne se laissant pas rattraper. Cette silhouette récidive lors des années suivantes :

  • En 1914, à deux reprises William Miller et sa femme voient un animal « dont l’aspect évoquait celui d’un canot renversé ».
  • En 1929, une femme aperçoit une bosse à la surface de l’eau.
  • En 1932, c’est le facteur James Cameron qui apercevra une sorte de « canot la quille en l’air ».

L’année 1933

Nous y sommes ! Il est temps pour Nessie de passer des coulisses au-devant de la scène. De toutes les années, 1933 est celle qui marque un tournant décisif dans la notoriété de la bête. Alex Campbell, un correspondant de l’Inverness Courrier, écrit l’article qui mettra le feu aux poudres publié le 14 avril 1933.

« Vendredi dernier, un homme d’affaire bien connu habitant près d’Inverness, roulait en voiture avec sa femme sur la route nouvelle* du Loch, quand à leur vive surprise ils remarquèrent un remous considérable à la surface de l’eau… La bête s’est montrée pendant une bonne minute. Son corps rappelait une baleine ; l’eau ruisselait et tourbillonnait autour d’elle, comme celle d’un chaudron en ébullition… Les deux témoins de ce phénomène estiment qu’il était vraiment très étrange, et qu’il ne s’agissait pas d’une bête ordinaire. »

Il faut rappeler à nos lecteurs qu’avant 1933, la liaison entre Inverness et Fort Augustus se faisait par la rive sud, où la vue sur le lac n’était pas bonne à cause de la végétation. La nouvelle route longeant la rive nord offrait une vue bien plus dégagée, et les observations purent aller bon train.

Mr et Mrs John Mackay, propriétaires d’un hôtel, avaient donc aperçu ce qui semblait être un monstre aquatique. Le mot « monstre » fut d’ailleurs employé premièrement par un journal concurrent le 8 mai suivant, puis tout le monde finit par l’employer. Au départ, le public se montra fort incrédule et invoqua la possibilité qu’il s’agisse d’un simple phoque. Mais le petit mammifère n’a pas raison de la légende qui commence à s’embraser, aussi de nouveaux témoignages débarquent dans les journaux : On atteint plusieurs articles sur le monstre par semaine, c’est une véritable frénésie – sans doute Williams fait-il la lumière sur l’origine de cette frénésie dans son nouveau livre. On observe des dos, des bosses, des sillages, du mouvement, des crinières. Durant cette année, on fait aussi la fameuse description d’un cou effilé, de quatre nageoires et d’une longue queue bilobée (regardez le film The Water Horse, 2007, c’est typiquement l’idée qu’on se fait aujourd’hui du monstre). D’après les témoins, Nessie ne se satisfait pas des plaisirs de la baignade, il est surpris à plusieurs reprises à expérimenter la marche.

Le 22 juillet 1933, le couple Spicer observe un animal massif au long cou qui ondule de bas en haut, en train de traverser la route en bondissant pour se réfugier dans les talus bordant le rivage. Ce témoignage envoyé à l’Inverness Courier sera à l’origine de la relance du mythe du plésiosaure. Le monstre préhistorique marin plaisait aux lecteurs, nul ne s’est privé d’utiliser cette figure pour écouler des Unes, même jusqu’à aujourd’hui.

Enfin, le dimanche 12 novembre 1933, un homme prend en photo le monstre, pour la première fois. Le cliché est accompagné d’un témoignage ; la bête au long cou émergea tandis qu’Hugh Gray marchait en bordure du lac, un peu en hauteur. La fortune fit qu’il avait son appareil sous la main. « On voit ce que l’on veut voir » est une maxime qui s’applique fort bien à cette photo. L’animal que l’on peut y distinguer varie en fonction du contraste, mais si on vous dit qu’il s’agit d’un chien ramenant un bâton dans sa gueule – la tête émergeant à la surface – on ne voit plus que ça !

Hugh-Gray

La fin de cette année mouvementée regorge de nouveaux témoignages, pendant qu’un cirque promettait 20 000 livres sterling et le Zoo de New York 5000 dollars à qui voudrait bien leur ramener l’animal (easy !). On notera l’apparition d’autres bosses, de parties de têtes, de longs cous, et surtout d’ondulations dans le sens vertical et non horizontal comme observé chez l’anguille. La crinière est encore évoquée. Alors que le scepticisme atteignait encore des sommets (et pourtant beaucoup de personnes s’inquiétaient du sort du monstre, alors qu’il marquait des pauses indésirables dans ses apparitions), une affaire de canular marqua la transition entre 1933 et 1934, altérant davantage la crédibilité de l’affaire. En décembre, le chasseur de fauve Wetherel et son équipe s’intéressèrent de près au loch et menèrent une courte enquête à l’issue de laquelle ils photographièrent une piste du monstre sur une plage, qu’ils décrivirent présentant l’empreinte de quatre doigts de 20 cm de large avec la marque d’ongles ou de griffes.

L’année 1934

En janvier 1934, le Dr Calman, du British Museum annonça qu’il ne trouva pas de différence entre le moulage et l’empreinte d’un hippopotame. Wetherel avait en effet utilisé un pied de rhinocéros naturalisé pour mystifier la communauté. Le Daily Mail, parrain de l’expédition du chasseur, n’a depuis lors eu de cesse que de discréditer la bête, on les comprend !

Wetherel

Bien sûr, le monstre n’en avait pas fini avec nous. Peu après la première photo vint le premier film. Le 3 janvier 1934, on projetait une séquence tournée par Malcolm Irvine et ses collègues de la Scottish Film Productions. Que dire des images si ce n’est qu’on y voit un sillon à la surface de l’eau ? Puisque le film n’a pas été conservé, on ne peut pas en tirer de conclusions intéressantes.

Irvine

Imaginez vous que la nuit qui a suivi la supercherie du chasseur de fauve, le 5 janvier, se produisit une des observations terrestres les plus célèbres du monstre. Le jeune étudiant en médecine Arthur Grant rentre chez ces parents vers une heure du matin en mobylette, le temps est couvert mais la lune éclaire la chaussée au bon moment ; Une forme noire bondit devant le conducteur et franchit la route rapidement avant de disparaître, alors que Grant descend de sa machine pour le suivre, la chose disparaît dans l’eau. Mais le moment fugace est imprimé dans la mémoire du jeune homme qui réalisera un croquis de l’animal une fois rentré chez lui, non sans avoir ameuté toute la maisonnée.

« J’ai magnifiquement vu l’animal, j’ai même failli le heurter avec la moto. Il avait un long cou et de grands yeux ovales, placés sur le dessus de sa petite tête. La queue, qui m’a paru atteindre deux mètres de long, était très puissante et non pas pointue, mais arrondie à son extrémité. J’estime que la longueur totale de la bête doit se situer entre cinq et sept mètres. (…) Il avait l’air d’un hybride, une sorte de croisement entre un plésiosaure et un représentant de la famille des phoques. (…) La couleur était sombre – noir ou brun foncée – et la peau ressemblait à celle d’une baleine. »

Une illustration de l'évènement.
Une illustration de l’évènement.
Grant en train d'examiner les restes d'un mouton.
Grant en train d’examiner les restes d’un mouton.

Grant retourna sur le lieu de l’observation en compagnie de Wetherel (le chasseur n’avait pas lâché l’affaire !), ils y trouvèrent, à titre d’anecdote, de la laine de mouton et la carcasse d’une chèvre, je n’ai pas besoin d’insister sur les commérages qui s’en suivirent relatifs à la voracité du monstre… Ils trouvèrent aussi des empreintes à trois doigts, mais celles-ci furent vite oubliées, à cause du précédent canular.

Pour résumé, le monde entier avait entendu parler du monstre. Et les enquêteurs imaginaient qu’il pouvait s’agir d’une sorte d’otarie, car on sait que cet animal peut se déplacer – gauchement et par bonds – sur la terre ferme. On aura vu à ce propos, jusqu’à 1970, une petite vingtaine de témoignages parlant d’un montre terrestre.

Je me permettrais de comparer l’histoire de Nessie à un gâteau sur lequel, tour à tour, des protagonistes sont venus y déposer une couche de crème fouettée. À la fin, il est si épais qu’il en devient indigeste. De cette façon, alors que l’enquête bat son plein, le docteur Kenneth Wilson réussit à prendre la plus magnifique des photographies qui lui assura une certaine renommée. Vous n’aurez pas de peine à imaginer l’esclandre provoqué par le débat sur l’identité de l’animal qui apparaissait fièrement, exhibant sa tête et son cou, défiant le regard des sceptiques. Aujourd’hui, on peut se permettre de rire des suppositions émises par tous, car on sait que l’objet figurant sur la photo de Wilson est une petite maquette habilement disposée dans l’eau du loch.

Surgeon

La sphère scientifique est quasi absente de notre histoire, il était très mal vu de la part d’un scientifique de s’intéresser à une idée aussi farfelue : c’est un excellent exemple du blocage qui survient dès lors que le sujet d’étude sort du champ commun. (Ceci dit, ne nous attaquons pas trop à l’opiniâtreté des hommes de science, leur réaction fut largement conditionnée par la politique de ridiculisation de la presse). Pour palier à ce manque d’intérêt, il a fallu que des profanes se chargent du travail. Pour n’en citer qu’un, Rupert Gould publia The Loch Ness Monster and Others en juin 1934, un ouvrage qui regroupe bon nombre de témoignages. Cette parution provoqua la surveillance intensive du loch pendant cinq semaines, à partir du 13 juillet 1934. Il y eut au total 17 apparitions, dont 11 de bosses. On aurait entre autre aperçu un cou arqué, des nageoires postérieures et aussi ces fameuses protubérances sur la tête du monstre. Les cinq photographies et les clichés obtenus n’ont pourtant rien donné de concluant.

LeeLe dernier événement d’importance de cette période d’effervescence se situe aux environs du mois d’aout, alors qu’une autre photo de la bête est prise par le Dr James Lee ; elle occupera d’ailleurs une demi page sur l’Illustrated London mais n’aura finalement que peu d’écho. Elle est pourtant évocatrice, Peter Costello pense qu’il s’agirait du cou de la bête et que la tête regarde dans notre direction, ce qui fait qu’on ne voit pas la démarcation entre le crâne et le cou. Pour d’autres, il s’agirait d’une preuve efficace de la visite occasionnelle du loch par des cétacés, la nageoire dorsale étant bien visible.

Allait-on finalement se lasser de l’omniprésent monstre du Loch Ness ?

De 1934 à 1962

Oui, le public commença à se désintéresser du sujet et les scientifiques démontrèrent envers lui une indifférence constante. Ce n’est pas pour autant que les apparitions fluctuèrent avec l’humeur générale : d’après le Glasgow Herald, 51 apparitions eurent lieu entre 34 et 56. Je vous propose donc de revenir sur celles qui furent marquantes, d’un point de vue purement subjectif et à des fins, oserai-je dire, distrayantes.

Le mardi 22 septembre 1936, l’histoire se répète avec beaucoup de frustration, puisque Irvine filme le monstre une deuxième fois. Une deuxième fois l’enregistrement fut perdu et nous devons nous contenter des images, qui ne sont pas meilleures que les premières où pourtant les gens de l’époque virent les manifestations d’un cou ondulant, de bosses et d’une queue. Quoi qu’eusse été l’objet en question, par la suite, on a accusé Irvine de trucage.

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Le 13 juillet 1937, c’est au tour de la famille Stevenson de voir par leur fenêtre donnant sur le Loch trois monstres : « Au centre, il y avait deux bosses noires et luisantes, d’environ 1,5 m de long et de quelque 60 cm. À droite et à gauche de l’animal, il y en avait deux autres plus petits. L’un d’eux s’ébroua, faisant gicler beaucoup d’eau avant de disparaître vers la rive opposée. Le plus gros monstre continua son chemin avec l’autre petit en direction du château d’Urquhart. »

Le même été 1937, deux élèves de Manchester rendirent compte d’un témoignage incroyable, rapporté ici par un enquêteur qui les interrogea séparément : « Alors qu’ils regardaient l’eau, à l’arrière de la barque, ils virent trois petits animaux s’écarter à la nage du sillage de l’embarcation. Ils ressemblaient à des anguilles, mais avaient quatre membres rudimentaires et un cou bien distinct : les garçons les comparèrent à de gros lézards. Leur longueur était d’environ un mètre. Les membres antérieurs ressemblaient à des palettes natatoires (…) La couleur des animaux était gris foncé. »

Une des allures les plus célèbres du monstre reste le serpent à bosses multiples, Lachlan Stuart les immortalisera le 14 juillet 1951. La photo est assez nette pour l’époque, mais il pourrait bien s’agir d’objets qui n’ont rien à voir avec le corps d’un animal.

Stuart

Poursuivons sur les bosses, puisqu’en aout 1952, Mrs Greta Finlay et son fils observe un monstre alors qu’ils campaient sur la rive sud. Elle le décrit comme ayant deux ou trois bosses, un long cou s’élevant perpendiculairement à l’eau avec deux cornes sur la tête. Remarquez que la mention de protubérance sur le crâne est assez rare, notamment parce que la plupart des témoins étaient trop loin pour apprécier la tête de la bête ou que celle-ci se trouvait sous l’eau.

MacNabLe 29 juillet 1955, un des clichés de Nessie est digne d’une carte postale. Mr P.A. MacNab prenait des photographies de la ruine du château d’Urquhart lorsqu’il vit un fort remous et une protubérance apparaître qui se déplaçait de la gauche vers la droite. L’auteur parle bien d’un remous, se pourrait-il qu’une vague ait été immortalisée avec un fort contraste, donnant l’impression d’un long corps noir ?

En avril 1960, l’ingénieur en aéronautique Tim Dinsdale décida d’obtenir de nouvelles images de la bête après avoir analysé nombre de témoignages. Il eut la chance d’obtenir une séquence où l’on aperçoit une petite bosse (d’après lui, elle était brune rougeâtre) traverser le loch. Si un document a une chance d’être authentique, c’est bien celui-ci, même si une fois encore, les moyens de l’époque ne permettent pas de faire de précises distinctions et c’est pourquoi je ne vous joins pas les images.

Mais attention, les photographes de l’époque n’étaient pas des incapables, Peter O’Connor par exemple fournit à la même époque un cliché d’une netteté à couper le souffle, qui fut présentée comme l’image la plus précise jamais obtenue de Nessie. C’est justement la silhouette trop conforme à la légende et la précision improbable qui firent naître une grande suspicion quant à la véracité de la photographie. Jugez vous-même :

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Pour clore notre voyage parmi les témoignages innombrables de cette période, en voici un tout à fait conforme. Mrs Christie observa en mai 1962, par beau temps, un animal progresser dans l’eau par bonds à la vitesse d’un canot automobile, doté d’un long cou et d’une tête ovale suivis par une bosse qui sortait de l’eau.

C’est sans nul doute la continuité d’autant de témoignages (et, ne mentons pas, la fin de la seconde guerre mondiale et le temps nécessaire à la « digestion » de ces horreurs) qui a fait qu’au bout d’un moment, on s’est enfin décidé à pousser plus loin l’étude du phénomène.

De 1962 à 1972

 Une observation ici, une observation là… au bout du compte l’histoire du monstre n’était qu’un puzzle insoluble. Pour y voir plus clair, quatre personnes créèrent Le Bureau d’Enquête sur les phénomènes du loch Ness, début 1962. Un membre du parlement, David James, une enquêtrice de renom, Mrs Whyte – dont certains témoignages qu’elle a recueilli vous ont déjà été présenté – le naturaliste Peter Scott et le journaliste Richard Fitter décidèrent de regrouper les informations pour pouvoir mieux identifier l’animal. Ils n’attendirent pas avant de monter des missions de terrains durant lesquelles, malgré une motivation exemplaire, rien d’extraordinaire ne fut recueillit pour venir bousculer la conception que nous avions alors du monstre (des apparitions de bosses, encore et encore). Néanmoins, ils enregistrèrent des sons irréguliers à l’aide d’hydrophones. Remarquons que les ultrasons en milieu aquatique ne sont produits que par les mammifères, il aurait été judicieux d’analyser ces relevés mais curieusement, aucun travail de cette sorte n’a été effectué à ce moment-là par le Bureau. Après avoir synthétisé un grand nombre de témoignage, le Bureau fut conduit à estimer la taille de la bête plus petite que ce que les gens prétendaient : environ 3m. La longueur excessive rapportée par certain fut attribuée au sillage, que l’on confondait avec des bosses imaginaires.

En octobre 1962, David James entreprend de mener une enquête de terrain avec une équipe de chercheur. Ce qu’ils virent le 19 octobre est très significatif, car l’animal observé pourrait très bien être une espèce répertoriée, une de celle qui peuvent avoir façonné le mythe (nous en reparlerons dans la deuxième partie du dossier).

« Un calme plat régnait sur le loch, quand les observateurs remarquèrent une grande activité de truites et de saumons, cherchant de la première crue pour remonter la rivière. (…) C’est alors que huit d’entre nous virent le dos d’un animal, long de deux à trois mètres, émerger à 200 mètres de la rive et avancer lentement vers les bancs de poissons. »

Un film fut tourné de la scène et authentifié par le Joint Air Reconnaissance Intelligence Center : Il y avait bien un objet animé non identifié dans le loch.

Le Bureau fit des observations intéressantes pendant ses campagnes, parallèlement se poursuivait le défilé des témoins fortuits, comme J.M Ballantyne qui affirma avoir vu en 1965 le cou très allongé de la bête sortir de l’eau, avec sa tête formant un angle droit, un peu comme la position du cobra.

Le fait est que les scientifiques commencèrent à montrer un doux intérêt pour le monstre, entre autre grâce aux films et aux photos du Bureau (je n’en parle pas, car nous ne les avons pas retrouvés. À l’époque les preuves visuelles n’étaient pas toujours montrées dans les articles) qui suscitèrent de vifs débats.

En aout 1968, une équipe de l’Université de Birmingham entreprit de creuser la question à l’aide d’un sonar, de même que cela avait été fait en 1962 par le Bureau nouvellement fondé. Deux objets montants et descendants sous l’eau furent identifiés, certain biologiste ont même affirmé que le mouvement était trop rapide pour des poissons. L’enregistrement n’était pourtant pas assez précis pour conclure.

Alors que Roy Mackal avait déjà exposé sa théorie en comparant le monstre à un gigantesque mollusque inconnu, Ted Holiday publiait un livre en décembre où il pensait que Nessie était un ver (un Orm, pour reprendre l’expression du Moyen-Age) gigantesque se nourrissant de poisson à l’aide de sa bave corrosive : il existe bien des nématodes dotés d’une telle salive, mais ils dépassent rarement 1 mm. C’était bien l’époque de toutes les théories et de toutes les tentatives (un groupe américain avait même apporté un petit submersible jusqu’au loch, il ne leur a pas fallu longtemps pour constater qu’on y voit rien à un mètre devant soi) et malgré les efforts déployés, Nessie restait désespérément insaisissable.

Et pour amorcer notre arrivée vers des temps plus contemporains, voici un fait marquant datant d’aout 1972. Bob Rines photographie ce qu’il pense être une nageoire postérieure de plésiosaure qu’il avait détecté au sonar. La photo est jolie, mais surtout parce qu’elle a été retouchée. Dans un cas comme dans un autre, on ne peut finalement pas dire ce qu’il y a sur le cliché, mais si l’on veut voir une nageoire, eh bien nous la voyons. C’est tout ce que nous pourrions dire si nous ne comparions pas avec l’image originale : ceci fait, la retouche nous paraît clairement comme une forte exagération, car ça pourrait très bien n’être que des mouvements d’eau, ou la boue du fond du loch. Chose amusante, il est sorti une étude très sérieuse (rien que regarder le papier donne mal au crâne) sur la structure et l’hydrodynamisme des nageoires de plésiosaures. La forme en tout cas ne concorde même pas avec la photo retouchée de Rines.

Nageoire-Rines

L’année 1975

 Nous voici donc sur la dernière ligne droite, je peux parler d’une des dernières grosses vagues sur l’affaire du monstre du Loch Ness. On aurait presque put placer les paragraphes suivants dans l’onglet des Affaires.

Je suis certain que la plupart d’entre vous connaissent Le Monde Perdu de Conan Doyle, et s’imagineront sans mal la fièvre qui a pu se dégager à l’époque, dans l’ambiance typique qui lie des musées, des journaux et des laboratoires la veille d’une découverte susceptible d’ébranler le monde. De la même façon que le professeur Challenger allait dévoiler son ptérosaure au Queen’s Hall de Londres, l’ultime gros débat portant sur le monstre du Loch Ness allait évoluer, jamais on avait placé autant d’attente sur les révélations qui allaient suivre et comme il y avait eu quelques fuites, les nombres de paris menés sur l’existence de la bête s’étaient envolés. Depuis qu’on avait critiqué son image de nageoire, Rines ne se découragea pas et avec une équipe de l’Académie des Sciences Appliquées de Boston retourna au loch en été 1975, équipé comme jamais. Ils disposèrent une caméra sous-marine munie d’un sonar au fond de la baie d’Urquhart, la même caméra qu’utilisée en 72 fut par ailleurs suspendue à mi-distance du fond. Elles devaient se déclencher si quelque chose de gros passait devant le champ. La caméra du fond fit deux enregistrements, mais il s’avéra que la boue remuée avait obscurci les lentilles : les photos ne donnèrent rien, mais on imagina que la bête était responsable de ce remue-ménage. Et ce n’était pas si improbable, puisque la deuxième caméra, plus en hauteur, enregistra des éléments dignes d’intérêts. La succession d’image montra que la caméra avait filmé le dessous du bateau : elle avait donc été bougée aussi. Mais le dessous de embarcation était loin d’être le seul élément qui avait été pris. Le bas ventre d’un animal avec des parasites, des poissons ordinaires, puis un animal au long coup se dirigeant vers la caméra, ensuite un gros plan sur sa tête. Tout ça dans la boîte. Je ne vous ferai pas le détail de toute l’histoire – qui est assez long – car cela mêle des droits d’auteurs, des priorités de publications, un consortium annulé, des journaux qui ne tiennent pas leurs langues et j’en passe… Rines et son équipe tinrent une conférence de presse inoubliable le 10 décembre où les images furent projetées, mais elle fut gâchée par un souci de copyright et par les réflexions dévastatrices du Dr Sheals qui faillirent provoquer une bagarre. Il en est finalement que ces clichés ont impressionné certaines personnes, au point de faire nommer scientifiquement Nessie et de le compter parmi les espèces à protéger, et d’autres se sont montrés sceptiques au plus haut point. Cette fois encore les sceptiques l’ont « remporté », car le mystère intimida les académiciens de par la portée de la controverse. Tout le monde était d’accord sur un point : à partir de là, seuls les restes du monstre pourront prouver son existence. Rines les chercha par la suite, ses successeurs les cherchent toujours aujourd’hui.

tetetete2Pour en revenir aux fameuses photos, eh bien il est vraiment difficile de dire si c’est bien Nessie. D’un point de vue purement personnel, je pense que d’une manière fortuite un banc de poisson est passé par là ce jour-là et que des grosses particules de tourbes en mouvement ont été mal interprétées par le désir de vouloir à tout prix observer le monstre. Pour ce qui est de la tête présumée, une opération nommée Deepscan a retrouvé un arbre immergé à l’endroit de la prise en 1987 qui pourrait bien en être l’origine. Voyez-y ce que vous pouvez.

De nos jours

 

EdwardsNotre voyage touche à sa fin. Je ne vous parlerai pas des campagnes au sonar qui ont été entreprises par la suite ni de toutes les observations qui se sont poursuivies. Non pas qu’elles ne soient pas intéressantes, mais parce qu’on trouve ça sur le net sans avoir besoin de lire de vieux bouquins qui sentent le… vieux. Si vous êtes intéressé par l’actualité, poursuivez l’aventure vous-même ! J’évoquerai tout de même (pour le plaisir de constater que rien n’a changé) la plus récente et belle photo de la bête – je suis même un peu déçu, avec les appareils photos incorporés à nos tablettes et Smartphones, on n’est toujours pas capable d’immortaliser un « objet » qui a de la gueule – prise en 2012 par un certain George Edwards. Il a été prouvé qu’il s’agissait d’un canular, car cette maquette aurait été utilisée pour un reportage sur la bête en 2005.

A présent que nous avons fait la lumière sur le passé du monstre du Loch Ness, je vous donne rendez-vous, si vous le voulez bien, dans une future deuxième partie où nous explorerons ensemble les possibilités (nombreuses bien sûr !) qui peuvent expliquer que cette légende demeure parmi les plus populaires de notre temps, plus d’un millénaire après que le brave St Colomba ait levé la main et proférer la révocation du Monstre.

lochnesscouleur

La plupart des faits évoqués plus haut sont tirés de l’ouvrage A la recherche des monstres lacustres de Peter Costello, si vous désirez approfondir le sujet, je vous engage à le lire, c’est un véritable plongeon dans l’ambiance de l’époque. 

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