Nessie serait une murène

Article publié dans Cryptidophilia n°1

                S’il y en a bien un qui aime se montrer régulièrement, ou du moins projeter son ombre sur le tableau des actualités sans pour autant révéler sa bouille, c’est bien Nessie. Il est presque drôle de constater que lorsque les apparitions se font plus rares, il y a toujours un élément dont la presse s’empare pour faire rêver les gens. Une fois encore, je vais avoir l’occasion, amis lecteurs, de vous recommander la prudence pour ce qui est de la presse grand public.

Ainsi, quelle brillante assertion nous est proposée ce mois-ci (février 2016) ? La voici : Selon de récentes études, le monstre du Loch Ness serait une murène. C’est fin, c’est cru, ça claque !

Tout d’abord, il faut préciser d’où vient cette affaire ; elle a tout juste été déterrée par Gordon Holmes, qui avait filmé le monstre en 2007 et dont la séquence a été stabilisée par la compagnie d’informatique de Bill Appleton, aux Etats-Unis. Les deux hommes, après avoir regardé les images, s’accordent à dire qu’on peut y distinguer une anguille géante, et bien sûr cette opinion ne fait pas que des adeptes. Il n’y a donc pas lieu d’attribuer cette théorie à une étude, puisqu’elle ne résulte pas du labeur d’un groupe d’écologues qualifiés, mais bien du point de vue purement personnel de personnages impliqués.

Concernant la murène, une véritable confusion règne entre les termes employés et le jonglage entre l’anglais et le français ne s’est pas fait sans bavure… En anglais, « eel » désigne n’importe quel poisson de l’ordre des Anguilliformes. Pour nous y retrouver en français, nous dirons que les anguilles et les murènes (respectivement Anguillidae et Muraenidae) sont des familles de l’ordre des Anguilliformes, et ne font donc pas référence aux mêmes espèces d’animaux. En somme, la murène n’est pas une anguille, comme on peut le voir un peu partout.

Du point de vue zoologique pourtant, il y a des points positifs, même s’ils sont fortement nuancés. Hélas, il n’existe pas ou très peu d’espèce de murène d’eau douce ; certains de ces animaux, à l’instar des anguilles, ont un cycle de vie séparé entre l’eau douce et l’océan – espèces diadromes – et l’on peut accepter qu’ils puissent accéder aux eaux du loch par le fleuve Ness, comme le fait la seule espèce d’anguille (Anguilla anguilla) du loch. Le souci, et cela en dépit du fait que les anguilles puissent exceptionnellement atteindre plus de deux mètres si un grand nombre d’années s’écoule avant la reproduction, les murènes d’eau douce connues et les anguilles du loch n’ont pas la taille requise pour se faire passer pour le monstre. Mais nous débordons un peu sur le cas de l’anguille géante qui, parallèlement à des témoignages de pêcheurs étant tombés par (in)fortune sur des « colosses », est fort intéressant, et nous nous pencherons dessus ultérieurement.

Bien qu’une véritable étude écologique puisse bien mieux confirmer nos hypothèses que de la réflexion purement théorique, il est finalement peu probable qu’une espèce de murène inconnue hante le Loch. En revanche, un autre Anguilliforme, pourquoi pas…

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