Skerray Beast, des moutons et des chats

J’aimerai beaucoup revenir sur un cas que l’on a l’habitude de retrouver en cryptozoologie, celui des “Big Cat” de Grande-Bretagne. En eux-mêmes, les faits sont simples bien qu’étrangement redondants : on retrouve du bétail dévoré, corrélé à des observations de gros félins dans les campagnes.

Ce phénomène est si répandu qu’on recense aujourd’hui plus d’une cinquentaine de noms de bêtes dans les journaux anglais, parmi les plus connus : La bête de Bodmin Moor, le Lion de Nottingham.

À priori, il n’est pas ici question de découvrir une nouvelle espèce, le cas des gros chats s’éloigne des classiques de la cryptozoologie. La mort du bétail est probablement causée par des prédateurs irréguliers et peut-être non indigènes, ce que semble indiquer la plupart des témoignages (la robe noire de la panthère est souvent signalée, la robe beige du puma également). L’une des explications avancée est le Dangerous Wild Animals Act de 1976 interdisant la détention d’animaux exotiques. Mais avant 1980, la libération d’animaux dans la nature n’était pas illégale, ce qui provoqua la fuite éperdue de félins extraordinaires dans les campagnes anglaise ! Néanmoins, passé une ou deux générations, le froid de la région devrait avoir raison de ces “étrangers” peu coutumiers des intempéries britanniques. Les massacres actuels sont mis sur le compte des animaux échappés de zoo. On a parfois inculpé le lynx alors qu’il n’est pas présent à l’état naturel : la seule explication était qu’il se soit libéré de la captivité.

Une photo attribuée à la bête de Bodmin Moor.

La preuve que le phénomène est particulièrement tenace est ce nouveau massacre perpétré début 2017 et attribué à la Skerray Beast, qui ferait des Highlands écossais son terrain de chasse. On aurait vu la bête commettre ses forfaits depuis 40 ans, plus particulièrement entre 1976 et 1981 (ce qui nous ramène à la date du Dangerous Wild Animals Act), et ces derniers temps, ce n’est pas moins de 40 moutons qui sont tombés sous ses crocs en reproduisant un pattern de mise à mort similaire à chaque fois (en 2012, 2014, 2016 et 2017 notamment).

Susan Mackay aux côtés de son mouton, après le passage de la Skerray Beast.

Tant que les moutons mourront écorchés et que les journaux indiqueront l’envolée d’un félin exotique de façon simultanée, nous pouvons être assuré que les “british beasts” auront la vie longue dans la presse !

Sources :
Mysterious Creatures: A Guide to Cryptozoology, Par George M. Eberhart
Guide des animaux cachés, Traité de cryptozoologie, Philippe Coudray, Editions du Mont
Has ‘Skerray Beast’ struck here again ? The Northern Post, 10 février 2012
Mysterious ‘beast’ believed to be roaming Scottish Highlands stripping all the flesh off sheep and eating them, Independent, 7 mars 2017