Yéti

L’ Abominable Homme des Neiges

CouvertureyétiImaginons-nous en décembre 1951, vous êtes un honnête citoyen et vous connaissez déjà bien la légende du yéti. Quelle surprise alors de trouver la photo de ses empreintes dans le journal du matin ! Vous manquez de vous étrangler avec vos toasts. Car en effet, ce 6 décembre, toute la presse britannique s’accorde à dire que le yéti n’est peut-être pas qu’un mythe…  L’alpiniste anglais Eric Shipton, son collègue Michaël Ward et Sen Tensing leur sherpa (nom que l’on donne aux porteurs népalais) découvrent une piste de pas incroyable sur le versant sud-ouest du Melungtse. Semblable à des pieds humains, mais d’une taille de 33 cm de long, les empreintes comportent un gros orteil un peu écarté des trois autres, bien plus petits. Pour l’explorateur, la preuve est faite : il existe un bipède géant en Himalaya.

La légende

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Piste du yéti photographiée par Eric Shipton en 1951

S’il est difficile de dater leur origine, il est vrai que des légendes invoquant un peuple des hauteurs se retrouve depuis des temps immémoriaux sur l’ensemble du massif himalayen : Tibet, Népal, Sikkim et Bhoutan. Elles ne franchiront les frontières de l’occident qu’en 1898, à coup d’observations répétées de traces gigantesques dans la neige, et de silhouettes qui se meuvent à des altitudes inaccessibles. Nous pouvons mentionner l’expédition du colonel Howard Bury, qui, en septembre 1921 et en pleine ascension de l’Everest, affirme avoir vu des tâches sombres se déplaçant au-dessus du niveau des neiges. Lorsqu’ils parviennent à plus de 7000 m, ils découvrent des empreintes de pas gigantesques. Le chef de l’expédition les attribue à un grand loup gris, mais les tibétains qui les accompagnent ne sont pas du même avis : elles appartiennent à ce que l’on appelle aujourd’hui “l’abominable homme des neiges”.

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Détail d’un empreinte photographiée par Eric Shipton en 1951. Le piolet fait office d’échelle.

Mais alors, comment le mythe décrit-il un tel animal ? Tout d’abord, nous avons à faire à quelque chose de grande taille, à l’allure mi-humaine mi-bestiale. La peau du visage serait relativement claire par rapport au pelage sombre qui couvre le reste du corps (cependant, certains témoignages le décrivent nu). Il est doté d’une paire de membres antérieurs très développés, qui s’étendent jusqu’aux genoux, un peu à la manière des singes actuels. Les jambes sont arquées et épaisses, et d’après les empreintes, les orteils sont tournés en dedans. On mentionne également une musculature très puissante. Il se nourrit, toujours d’après les légendes, de yacks et de vers de neige, parfois de racines. L’aspect plus “folklorique” de la légende pourra vous amuser : Il attaque parfois les humains, mais si vous voulez lui échapper, il existe une méthode très simple à mettre en œuvre : Courrez le plus vite possible dans la pente neigeuse. Le yéti, voulant vous rattraper, sera aveuglé par sa propre mèche de cheveux qui viendra se plaquer devant ses yeux !

Un peu d’étymologie

Si les légendes, bien fixées dans la culture himalayenne, font mention d’un même animal, on ne retrouve pas le même nom selon l’endroit où l’on se trouve et le dialecte employé. Ainsi, Howard Bury s’est fait décrire la créature par les tibétains sous le nom de Metoh-Kangmi, tandis que les bergers indiens des hauts plateaux emploieraient Bhanjakris. Le zoologiste allemand Ernst Schäfer qui s’aventura dans la région de Green Lake reporte le nom de Migu, au pied de la chaîne du Kangchenjunga. Un autre explorateur a entendu Mirka ou Ui-go pour parler de la bête. Enfin, yéti est utilisé par les porteurs népalais et tibétains. D’après Bernard Heuvelmans, le mot yéti viendrait en fait de deux mots : yeh (animal inconnu) et teh (région rocailleuse). Toujours d’après lui, il existerait deux sortes de yéti : le dzu-teh (boeufs des rochers) et le mih-teh (homme des rochers). Quoi qu’il en soit, à travers les dialectes, les influences culturelles et la barrière de la langue, il reste très difficile d’établir avec certitude l’origine des mots. Quant à l’expression “abominable homme des neiges”, le pauvre yéti s’est vu attribué ce sobriquet à cause d’une erreur de traduction  de la part d’un journaliste, mais finalement, il est resté gravé dans la mémoire commune.

Les témoignages les plus fous

Hormis la ribambelle de témoignages qui se ressemblent (concernant les fameuses pistes de pieds géants ou d’homme des montagnes), qui sont d’ailleurs très nombreux dès 1905, il existe une série d’observation plus incroyable encore, et au même titre que les autres, on peut s’interroger sur leur véracité. Néanmoins, en voici quelques-unes qui méritent d’être racontées.

    • Au Tibet par exemple, l’anglais Hugh Knight a la chance d’observer un yéti à 30 m en contrebas, ce dernier, se sentant observé, détale comme un lapin. D’après l’observateur, la créature tenait dans ses mains un arc et une flèche !
    • L’expert français en théosophie Jean Marquès-Rivière  recueille les propos d’un pèlerin indien  qu’il retranscrit dans son ouvrage  l’Inde secrète et sa magie : L’homme en question, alors qu’il se rendait à un monastère au nord du Népal, prend part à une excursion sur les traces d’un yéti. Après quelques jours de marche dans la jungle, ils entendent un bruit continu qui respectait certaines cadences. Voulant savoir d’où provenait ce son, trois courageux se lancent sur la piste de pieds de 60 cm de long qu’ils découvrent au sol et qui se dirige vers la source sonore. D’après  ce témoignage, le pèlerin et ses deux compères assistèrent à un spectacle époustouflant : une dizaine d’homme des neiges étaient rassemblés en rond et oscillaient à mesure que l’un d’eux frappait un tronc d’arbre creux comme s’il s’agissait d’un tam-tam. Ils rapportent que leur visage était intermédiaire entre l’homme et le gorille, et qu’il s’agissait là d’une sorte de rite religieux.
    • Tout aussi surprenant, en 1937, Franck Smythe trouve à 6000 m une série d’empreinte qu’il dit présenter cinq orteils normalement disposés, mais aussi deux orteils au talon. Ce récit surprenant n’est pourtant pas isolé, car bien des témoignages ont alimenté la théorie des pieds rétroversés du yéti. En admettant que ces observations ne soient pas le fruit d’une déformation dans la neige, de superposition d’empreinte ou de touffes de poils agglomérés, il est parfaitement envisageable qu’il s’agisse de callosités saillantes, ou d’excroissances cornées, charnues, qui seraient la conséquence d’une adaptation à la marche sur un substrat glissant et froid.
    • Pour ceux qui ont lu Tintin au Tibet (qui est d’ailleurs très fidèle aux travaux du cryptozoologue Bernard Heuvelmans, puisque celui-ci et Hergé étaient bons amis), un sherpa raconte à Tintin et au capitaine que le yéti est friand d’alcool. Et bien cette anecdote est tirée de légendes qui existent réellement. En effet, dans l’impasse de Jelep, au Sikkim, les membres d’un village ont rempli un baquet de boisson fermentée pour attirer un homme des neiges : ce dernier s’est endormi sous l’effet de l’alcool et les villageois en ont profité pour l’encorder. Au matin et à son réveil, l’animal s’est défait sans mal de ses liens et est parti. Par ailleurs, sur le versant septentrional du Tibet, les villageois avaient coutume de déposer des bouteilles de Chang (une sorte de bière) pour saouler les yétis venant hanter leur village. Chang, comme dans Tintin !
    • Dans de nombreux monastères, les lamas tibétains croient en l’existence du yéti, mais contrairement aux villageois, ils le décrivent tous plus ou moins sous un autre jour : c’est à dire un animal inoffensif qui n’aurait rien “d’abominable”. Des cultes sont même rendus à leurs dépouilles dans les lamaseries. Des reliques de yéti s’y trouvent parfois, mais nous y reviendrons…

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Quel animal est le yéti ?

Maintenant que nous disposons des bases, nous pouvons nous lancer dans la partie la plus intéressante du dossier : l’enquête policière, qui disons-le, se poursuit toujours aujourd’hui. Pour répondre au cortège d’observation sur le yéti, les scientifiques se sont penchés sur la question ci-dessus : Quel animal, s’il existe, peut bien être le yéti ? Les animaux de grande taille correspondant à la description et que l’on peut trouver dans l’Himalaya sont assez rares, aussi, il n’y a que deux hypothèses à présenter. La première…

Le yéti est un singe

Il n’existe que deux singes de taille moyenne dans les chaînes de l’Himalaya : Le semnopithèque ou Langur de l’Himalaya (Semnopithecus schistaceus) et le rhinopithèque de Roxellane ou singe des neiges (Rhinopithecus roxellana). Le premier a été vu jusqu’à des altitudes d’environ 4000 m, sa constitution est assez robuste et son pelage est long et gris. Le deuxième est bien plus massif, sa fourrure est très épaisse mais c’est son nez qui est fort particulier : ce dernier est retroussé et lui confère une expression qui se voudrait humaine, si l’on désire se mettre en accord avec les témoignages. En tout cas, l’allure de ces singes, dont les plus grands peuvent mesurer 1m 40 redressés sur leur patte arrière, suffirait à impressionner n’importe qui pourvu qu’il ne s’attende pas à les rencontrer en pleine montagne. Mais bien des points vont à l’encontre de la validité d’une telle hypothèse :

  • La taille des individus observés : le yéti semble être bien plus grand que ces singes connus, même si la distance peut-être mal appréciée en haute montagne, il reste improbable que la grandeur de l’animal ait été autant exagérée.
  • L’aire de répartition : Pour le rhinopithèque du moins, on le retrouve plus à l’est de l’Himalaya, alors que le yéti fait d’avantage acte de présence à l’ouest de la chaîne de montagne. Le facteur altitude n’est pas à négliger : ces singes ne peuvent pas vivre aux altitudes où une partie des traces ont été retrouvées.
  • L’herbivorie des singes : cet argument rejoint l’altitude, il est quasiment impossible pour un herbivore de dénicher sa nourriture si haut, car les plantes sont très rares, ce qui ne fait pas un habitat adéquat.
  • En admettant que ces singes puissent se déplacer en bipède sans trop de difficulté dans la neige, on aurait probablement retrouvé une trace de leur longue queue au milieu des empreintes, ce qui n’est pas le cas.
  • Enfin, comment un animal aussi petit et aux doigts longs peut-il laisser des empreintes aussi grandes avec des orteils courts ? Des scientifiques tentèrent de trouver la réponse, voici comment un journal anglais résuma la chose : Les dimensions colossales des empreintes s’expliquent sans doute par le fait que, tracées pendant la nuit dans la neige fraîche, la fonte provoquée par le dégel diurne augmente leur ampleur. La nuit venue, les traces gèlent à nouveau, conservant leur aspect, si bien qu’il est aisé de les attribuer à une race de géants. Cette conclusion fut accueillie avec enthousiasme, et pourtant, Bernard Heuvelmans nous propose, avec tout le bon sens qui s’impose, une réponse à cette idée : Il reste l’écart qui sépare une empreinte de l’autre, et indépendamment de la grosseur de celle-ci, la distance qui représente la foulée est si grande qu’elle ne peut émaner d’un petit singe. De surcroît, sous l’action du dégel, si ces empreintes tendent à fondre, elles se seraient rapprochées les unes des autres, et non écartées ! Or même après les méfaits du dégel, les traces restent imperturbablement espacées.

Malgré de nombreuses contradictions, de nombreux zoologistes se sont rangés derrière l’hypothèse du singe lorsque Shipton ramena ses clichés en 1951. Mais la deuxième hypothèse est tout de même bien plus solide…

Le yéti est un ours

Contrairement aux idées reçues, le yéti, s’il existe, ne vit pas vraisemblablement dans la neige et les hautes altitudes en permanence. Son véritable habitat serait plutôt constitué des forêts de rhododendrons, et on observerait ses traces lorsqu’il change de vallée pour des raisons alimentaires ou reproductives. On trouve des sous-espèces d’ours brun dans le massif himalayen, comme l’ours Isabelle (Ursus arctos isabellinus) ou l’ours bleu du Tibet (Ursus arctos pruinosus). Rassemblons les éléments qui permettent d’étayer l’hypothèse que le yéti soit un ours :

  • Un ours est tout à fait capable de laisser des traces similaires à celles observées et attribuées au yéti, c’est à dire d’une trentaine de cm de long et ressemblant au pas d’un homme.
  • L’ours est connu pour être capable de se dresser sur ses jambes arrières, ce qui a pu influencer les rumeurs concernant un géant bipède. Parallèlement, si un ours se déplace en bipédie, seules ses traces de pattes postérieures sont imprimées dans la neige, or ce sont ces dernières qui miment étonnamment les pieds humains.
  • L’ours passe le plus gros de l’hiver en ralentissant son métabolisme, cette capacité de relative “hibernation” peut lui permettre de passer la mauvaise saison et de palier aux conditions rigoureuses du climat à cette période. Contrairement à un animal exclusivement herbivore, il est envisageable qu’un ours puisse alterner les zones de hautes et moyennes altitudes pour les raisons évoquées ci-dessus.

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Bien que cette solution soit la plus satisfaisante aujourd’hui, confortée par de récentes études ADN (mais là encore nous y reviendrons), il demeure des failles insolubles. Ainsi, l’ichnologie (science des traces) révèle un élément important : seul un quadrupède posant ses pattes postérieures à l’emplacement même des pattes antérieures peut laisser le type de piste que l’on retrouve dans le territoire du yéti. Et si tel est le cas, il faut observer une superposition des traces (pattes arrière sur patte avant), superposition qui n’est pas du tout révélée par les clichés de Shipton ou les divers témoignages : La trace est nette, précise, et résulte de l’apposition d’un seul pied. Si l’on admet l’authenticité des pistes photographiées, nous sommes contraints de penser qu’elles ont été laissées par un bipède, tout simplement parce qu’excepté le cas évoqué ci-dessus, les autres démarches quadrupèdes ne laissent pas qu’un seul jeu d’empreinte en alternance droite/gauche. Néanmoins, on prête au yéti la capacité de s’enfuir à quatre pattes lorsqu’il est surpris ou pressé, ce qui concorde avec le mode de déplacement du plantigrade. De plus, un ours peut en effet marcher sur ses pattes arrières sur de courtes distances, et donc la question serait résolue si les pistes ne s’étendaient pas sur plus de 1600 m ! Un ancien professeur de zoologie de Glasgow, sir John Graham Kerr affirme au sujet de l’abominable homme des neiges :

Pour autant que je puisse en juger, ces empreintes n’appartiennent à aucun animal connu des zoologistes.

Si l’homme des neiges n’est pas un animal déjà classifié, la question qui se pose alors est…

A quel groupe zoologique le yéti appartient-il ?

Ça ferait une bonne question de sondage a poser dans la rue, même si vous vous en doutez, la plupart des gens répondrait le singe.  Un singe géant, assez proche de l’homme et qui se baladerait sur les hauts sommets. C’est une image qui saisit ou qui fait sourire, mais la légende du yéti aura du mal à s’en défaire car elle est inscrite dans l’imaginaire collectif ! Hélas, là encore nous nous heurtons aux caprices des traces de l'”abominable” qui ont l’insolence de montrer des pieds avec un gros orteil bien accolé aux autres, or chez les grands primates actuels et adaptés à la vie arboricole, les pouces sont pseudo-opposables. Aurait-on alors un primate qui, comme l’homme, aurait conservé des pieds strictement plantigrade sans passer par la case “vie arboricole” ? Encore un obstacle : toujours sous l’ombre de la bipédie, un singe anthropoïde ne marche qu’avec difficulté en se tenant debout en se servant de ses bras pour faire balancier, mais la démarche n’est pas très naturelle. On pourrait nommer le docteur Sidney Britton, professeur d’anthropologie à l’université de Virginie, qui apporta un éclairage étonnant sur la question en plaçant un orang-outan venant d’Afrique dans un paysage enneigé : le singe s’est redressé et a  déambulé sur la neige uniquement sur ses pattes arrières, évitant d’exposer ses mains au sol gelé. Pourrait-on imaginer que dans l’Himalaya, un singe puisse avoir acquis au cours de l’évolution une locomotion bipède pour limiter le contact avec un substrat froid ? La position du gros orteil peut alors s’expliquer de la même manière. Notons qu’une race de grand carnivore aux pieds plantigrades ayant une propension au bipédisme existe bel et bien en Himalaya : l’ours !

Heuvelmans va jusqu’à souligner un éventuel lien de parenté avec le gigantopithèque, un primate de très grande taille disparu au cours du Pliocène dont on a retrouvé des fragments de mâchoire et des dents. La survivance d’un géant de la préhistoire dans un environnement isolé et préservé est une thèse récurrente en cryptozoologie, qu’il faut aborder avec réserve.

 

L’affaire du scalp

Comme évoqué plus haut, des reliques de yéti étaient conservées dans certains monastères, l’une d’elle fut découverte en 1953 mais ne constitua pas un message d’espoir pour ceux qui croyaient au yéti. A l’initiative du quotidien anglais Daily Mail, une expédition de 300 hommes est organisée en accord avec le gouvernement népalais dans le but de trouver une créature, morte ou vive. Plusieurs savants prennent part au voyage, notamment l’anthropologue Charles Stonor.  Aux alentours de la capitale des Sherpas, Namche Bazar, à 4300 m, une piste est débusquée par les membres de l’expédition, mais ils rapportent une taille inférieure aux traces habituelles : 25 cm de long pour 12 m de large. A part le suivi d’une piste laissée par deux yétis, aucun spécimen ne sera observé malgré un quadrillage rigoureux de la zone. Mais le plus intéressant survient dans le petit temple de Pangbotchi, lors de la mission de reconnaissance de Stonor en décembre 53.  Il met la main sur un soi-disant scalp de yéti. Ce dernier a une forme de casque pointu avec une caractéristique particulière : une sorte d’arête, une protubérance qui part de la naissance du front jusqu’au sommet du crâne pour redescendre à sa base. Dans l’hypothèse du gigantopithèque, Heuvelmans considérait cette ligne médiane comme une preuve supplémentaire qui trahit la présence d’une crête osseuse sagittale, témoin de muscles relatifs à une mâchoire puissante. D’autres scalps ont été retrouvés, notamment lors de l’expédition du Daily Mail en 54, dans le monastère de Pangbotche. Plus tard, en 1960, le célèbre alpiniste sir Edmund Hillary ramène un exemplaire provenant du monastère de Khumjung. Ces preuves extraordinaires auraient résolu toutes les questions sur le yéti et auraient chassé le doute, si elles n’avaient pas été confectionnées avec la peau d’un animal déjà présent dans l’Himalaya : une chèvre nommée le sérow (Capricornus sumatraensis). Vous pouvez retrouver ici la vidéo mettant en scène Heuvelmans et le faux scalp de yéti.

Illustration extraite de l'ouvrage Sur la piste des bêtes ignorées, de Bernard Heuvelmans, éditions Plon, 1955.
Illustration extraite de l’ouvrage Sur la piste des bêtes ignorées, de Bernard Heuvelmans, éditions Plon, 1955.

 

 Description du yéti

Avant cette odieuse histoire de canular, comment était vu le yéti par les adorateurs de la thèse “grand singe” ? Pour mieux cerner le yéti de la légende, celui qui se balade depuis toujours dans l’inconscient collectif, laissons la parole à Bernard Heuvelmans qui s’est penché sur la question avec toute la rigueur scientifique qui s’impose ! Il s’est appuyé entre autre sur l’étude des ossements d’animaux que l’on regroupe communément sous le terme “d’hommes préhistoriques”.

Nous sommes fondés à croire qu’il s’agit d’un grand singe anthropoïde d’allure bipède, mesurant en moyenne 2 m. 40 de haut, qui hante la région rocheuse située à la limite de la végétation, sur le versant oriental de tout le massif de l’Himalaya. Il a les pieds plantigrades, et le gros orteil, très épaté, n’y est pas écarté des autres doigts, comme chez les singes en général. Il marche le corps un peu incliné en avant; ses bras, assez longs, lui descendent jusqu’à la hauteur des genoux. Il a la face plate, le front élevé et le dessus du crâne en forme d’obus; son prognathisme est faible, mais ses mâchoires épaisses sont considérablement  développées en hauteur, d’où le volume sans doute disproportionné de ses molaires. A cet appareil masticatoire démesuré sont liés des muscles temporaux très puissants. Chez le mâle adulte au moins, se forme une crête sagittale dont la présence se manifeste à l’extérieur par un épaississement du cuir chevelu et l’implantation de poils plus longs que sur le reste du crâne. Le grand singe érigé est couvert d’une fourrure abondante, de teinte fauve ou marron foncé selon les endroits, sauf sur la face, la poitrine et le bas des jambes, qui sont moins velues. La pseudo-chevelure du cimier est plus roussâtre que le reste du corps. Le régime alimentaire du dit Homme-des-Neiges est, de toute évidence, omnivore : racines, fruits, lézards, oiseaux, petits rongeurs et à l’occasion, des proies de plus grande taille. […] La position systématique de notre yéti reste encore incertaine, comme celle d’ailleurs des autres Primates géants, qui, a mon sens, ne forment pas un groupe homogène mais représentent le sommet de l’évolution de différentes familles de Primates. […] Seul l’examen d’un spécimen du fabuleux Homme-des-Neiges permettra bien sûr de vérifier la pertinence de mes inductions et de compléter la description provisoire du yéti.

Extrait de l’ouvrage Sur la piste des bêtes ignorées, de Bernard Heuvelmans, éditions Plon, 1955.

 L’aventure continue !

Comme le révèle sagement le reporter-alpiniste Ralph-Izzard, suite à l’expédition de 1954 :

On a plus de chances de rencontrer le yéti au hasard d’un déplacement, disons derrière un rocher, qu’au cours de recherches organisées. […] Un large rassemblement d’homme ne peut pénétrer dans un “quartier vide” de l’Himalaya sans en faire disparaître aussitôt tout ce qui y vit à l’état sauvage.

Dans toutes enquête cryptozoologique, l’objet de la recherche est discret et dissimulé dans son environnement, ce n’est pas un hasard si on parle “d’animaux cachés”. Pour devenir les rois du pétrole, les investigateurs de terrain ont tout intérêt à se pencher sur l’étude d’ADN, véritable carte d’identité que le yéti peut laisser dans n’importe quoi : un poil, ou même une belle bouse givrée ! Une multitude de ces indices ont été envoyés à des laboratoires, qui, faute d’ADN inconnu, tranchaient en faveur d’animaux déjà répertoriés dans l’Himalaya. La confusion faite avec un animal qui n’a rien de légendaire semble souder l’entente des scientifiques sur le sujet.

Je pense qu’il est plus qu’intéressant de vous faire partager la publication datant de juillet 2014, et qui fait état de plusieurs échantillons de 3 homme-singes inconnus : Le yéti, l’almasty et le bigfoot.

Voici l’article de Proceedings B, le journal de publication biologique de la Royal Society : Yeti

J’attire votre attention sur les échantillons attribués au yéti, dont on a comparé la séquence de l’ADN mitochondrial 12S RNA avec les séquences connues de GenBank. Voici ce que nous dit l’institut virtuel de cryptozoologie concernant les deux échantillons :

Le premier poil (n° 25025) provenait d’un animal abattu au Ladakh il y a une quarantaine d’années par un chasseur selon qui le comportement de la créature était très différent de celui de l’ours brun (Ursus arctos) qu’il connaissait parfaitement. Le deuxième poil (n° 25191) fut trouvé dans une forêt de bambou du Bhoutan à 3500 m d’altitude, dans ce qui fut qualifié d’un “nid de migyhur”, un nom local de l’homme-des-neiges. 

Ces échantillons analysés correspondraient complètement à Ursus maritimus, qui n’est autre qu’un ours polaire connu à l’état fossile et daté de 40 000 ans ! Non content de survivre sur les deux ou trois bouts de glaçons qui lui servent d’habitat au pôle Nord, l’ours blanc aurait-il eu l’audace de laisser ses ancêtres en plein Himalaya ? Le yéti serait-il un ours préhistorique ayant survécu ? Pas forcément, d’après des spécialistes de l’ours qui sont en train de remuer la question, la séquence analysées serait trop petite pour aboutir à une conclusion aussi tranchée, la séquence en question pourrait tout aussi bien appartenir à une espèce d’ours brun.  Finalement, les experts penchaient plus pour un orang-outang terrestre vivant dans les forêts, mais avec l’arrivée de nouvelles techniques, on voit que la thèse tend à se déplacer vers l’ours. La science, ça bouge !

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